ninabel

Utopiste amateur... mais où va le monde ...

Dimanche 29 juillet 2012 à 0:56

Le soleil étendait ses premiers rayons, chassant la nuit. Les immeubles s’éclairaient doucement, au son des oiseaux de l’aube. Les balcons blancs reflétaient la lumière, un carillon se balançait sous la faible brise. Le délicat son engendré par ce mouvement se répandit par une fenêtre entrouverte. Le rideau sombre se souleva, révélant une petite chambre en désordre. Le placard débordait de matériel informatique, de vieux souvenirs. Les vêtements entassés laissaient entrevoir par moment une moquette rouge, délavée et pelucheuse. Le lit deux places semblait démesuré pour l’espace de la chambre. Blottit contre le mur, à moitié enfouit sous les couvertures, une forme noire se soulevait aux rythmes des inspirations.

Le réveil sur la table de chevet indiqua 6h00, la radio se mit à chanter un vieil air de Rock’n’roll. La forme sombre se redressa. Le magnifique husky au pelage noir de nuit entrouvrit les paupières. Ses yeux se mirent à luire dans la pénombre de la chambre. L’un rouge sang et l’autre d’un noir ténébreux, les deux se mirent en quête de quelque chose. L’animal secoua les couvertures, grogna un peu, mordilla. Ce manège entraîna l’apparition d’un visage. Des cheveux châtains clairs, désordonnés, des yeux sombres encore embrumés par le sommeil, le jeune homme grogna en s’extirpant de son lit.

 

Jake se frotta les yeux. Son mal de crâne n’était toujours pas passé. Il faut dire que ses quelques heures de sommeil n’avaient pas dû être suffisantes pour faire oublier à son corps le nombre de verres de whisky qu’il s’était enfilé la veille. Il caressa distraitement Fury avant de se lever pour passer à la salle de bain. Un quart d’heure plus tard, Jake se glissa de nouveau dans sa chambre et s’avança vers son placard. Il s’immobilisa un instant, étudiant le reflet que lui renvoyait le faux miroir collé sur la porte. Les rayons du soleil qui perçait à présent complètement l’obscurité de la chambre soulignaient son teint halé, jouant dans les formes de son torse. Ses quelques séances de musculation ne l’avaient pas vraiment musclé, mais suffisamment pour dessiner son corps. Il passa sa main sur son début de bouc, résultant plus d’une fatigue grandissante de se raser tous les matins que d’une réelle envie de le laisser pousser. Il tenta sans grande conviction d’aplatir ses épis. Regardant l’heure qu’affichait son réveil, il laissa tomber ses cheveux et entreprit de dénicher des vêtements propres. Il jeta la serviette qui entourait sa taille sur le lit, dérangeant son chien qui somnolait encore. Un jean noir, un t-shirt sous une chemise noire entrouverte. Il mit son vieux perfecto et son chapeau favoris, dont le feutre noir se parait de gris depuis quelques années et prit ses rangers à la main. Fury se leva alors, et se rendit sans bruit jusqu’à la porte d’entrée. Jake fit de même pour ne pas réveiller sa mère et ses petites sœurs qui dormaient encore. Il enfilât ses chaussures devant la porte d’entrée et sortit avec Fury.

 

La fraîcheur du matin l’accueilli sans prévenir. On avait beau être fin juin, il ne regretta pas d’avoir pris sa veste. Il l’avait dégotée au marché aux puces de Clignancourt il y a 2 ans pour une bouchée de pain. Elle était certes déjà usée mais elle lui avait tenue compagnie sans faillir depuis. Fury s’engagea entre deux immeubles. Le matin, c’était plutôt le chien qui promenait son maître, Jake n’étant pas encore suffisamment réveillé pour décider d’un chemin à prendre. Le husky en profitait pour passer dans ses endroits favoris, voir pour faire traîner la promenade. Pendant ce temps, Jake se grillait la première cigarette de la journée. C’était pour lui la meilleure. Il installait délicatement la bastos entre ses lèvres avant de l’allumer et de tirer la première latte. Sa gorge encore engourdit ressentait d’abord avec un temps de retard le goût de la fumée. Il sentait celle-ci descendre dans ses poumons, en explorer tous les recoins afin d’y déposer son sinistre chargement avant de ressortir. La fumée presque invisible dansait alors devant ses yeux avant de disparaître dans l’air. A chaque bouffée, la nicotine se répandait. A chaque bouffée, la cigarette grésillait en se consumant. Jake appréciait ce moment, calme, serein, qu’il ne pouvait partager qu’avec son fidèle compagnon.

Comme d’habitude, Jake pris soudain conscience de l’heure tardive et ils rentrèrent tous deux en vitesse. L’air frais et la vitesse achevèrent de désembuer l’esprit du jeune homme qui après avoir laissé Fury à l’appartement se dirigea vers la station de RER.

 

Jake était employé dans une grande surface. Il était chargé de la réception des marchandises et de leur acheminement vers les aires de stockage où d’autres collègues les amenaient en rayon. Un boulot inintéressant au possible mais dont la paye lui permettait d’aider sa mère à l’entretien de l’appartement et de nourrir son compagnon à quatre pattes. Pour s’y rendre, il devait chaque matin prendre le RER qui en quelques minutes l’amenait à la station de Fontenay-aux-Roses. Il marchait encore une dizaine de minutes et il se retrouvait devant l’entrée des « artistes » de l’hypermarché de ses rêves. Tandis qu’une façade rutilante, toute en verre, accueillait les clients, l’entrée des employés se faisait par une ruelle jonchée de vieux cartons vides et déchirés. Il salua Stanislas, le gardien de l’entrepôt, toujours à sa place, dans son petit cagibi doté du strict nécessaire : bureau, chaise, télévision, radio. Jake ne l’avait vu quitté son poste qu’une seule fois depuis qu’il travaillait ici, lorsque que une de ses filles avait dû être amenée en urgence à l’hôpital pour une appendicite. Il n’avait jamais pris de congés maladie, ni même de congés tout court. Les pieds de Jake le conduisirent ensuite vers l’ascenseur, par lequel il rejoignit l’espace des bureaux. Cet étage comprenait aussi les vestiaires ainsi que la salle fumeur.

 

C’est dans celle-ci qu’il retrouvait bon nombre de ses collègues. Fumeurs et non-fumeurs s’y rendaient souvent pour partager un moment calme au milieu de leur journée harassante. Elle n’était jamais vide. A cette heure-là, Jake se retrouva en compagnie de ceux qui faisaient les mêmes horaires que lui. Ce jour-là, il n'y avait dans la pièce que cinq personnes. Il serra la main à Nicolas, le seul français d’origine de tout le service, dont la présence étonnait toujours. Bien que d’un naturel enjoué, Nicolas parlait peu de sa propre histoire. La rumeur d’une fugue courait, fondée ou non. Oumar et Etienne le saluèrent d’un coup sur l’épaule, le gratifiant d’un « bonjour à toi le gringalet ! ». Il était vrai que face à eux, tout le monde pouvait se sentir petit. Les deux géants faisaient partie du service de sécurité. Leur salle de repos n’était pas du tout située ici, mais ils aimaient venir le matin saluer ceux de l’ « arrière-plan ». Ils disaient que l’atmosphère dans leur salle était bien trop solennelle pour eux. Les deux gaillards imposaient par leur présence et leur deux mètres bien passé. Tous deux noirs, on les confondait souvent bien qu’ils n’aient absolument aucun lien de parenté. Mais ils avaient appris à en jouer et s’amusaient régulièrement à faire enrager leur supérieur. Jake se dirigea ensuite vers Stan, le « rasta » du lot. Les dreadlocks attachées par un élastique, celui-ci l’accueillit en lui claquant la main. Il devait son étiquette à sa coiffure originale même si après avoir appris à le connaître Jake s’était rendu compte qu’il n’avait de rasta que les cheveux. La dernière personne présente dans la pièce lui lança un petit clin d’œil aguicheur avant de s’éclipser. Il s’agissait de Sofia, une des rares filles du service. Il entretenait avec elle une relation purement physique depuis quelques mois. Ils se retrouvaient dans les escaliers ou dans des pièces vides et s’envoyaient en l’air rapidement avant de retourner travailler chacun de leur côté. Jake sourit intérieurement en repensant à leur dernière partie de jambe en l’air pendant laquelle Sofia avait été particulièrement « enthousiaste ». Il ne s'était jamais vraiment demandé ce que cette femme de quarante ans, deux fois mère, pouvait bien trouver à un jeunot de son espèce. Tout ce qui lui importait était d'assouvir ses envies quand il le voulait et elle le lui rendait bien. Sur ces pensées, il finit la cigarette qu’il avait entamée en arrivant dans la pièce et se dirigea avec Stan et Nicolas vers les vestiaires. Oumar et Etienne se rendirent pour leur part dans l'hypermarché à proprement dis pour préparer l’ouverture.

Premier jet d'un roman commencé il y a quelques années sur l'idée de mon meilleur ami.
Roman pensé pour être fantastique, cru et adulescent
Je viens de retrouver cette ébauche dans les bas fonds de mon disque dur

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